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La cyberviolence est un crime et une violation des droits des femmes

L’Association Tunisienne des Femmes Démocrates exprime sa solidarité totale et inconditionnelle avec Amina Chihawi, membre de l’Association, et Ines Chihawi, membre du Bureau exécutif chargée de la Commission de lutte contre les violences, qui ont récemment été la cible d’une cyberviolence intense. Des images les représentant ont été utilisées dans des vidéos manipulées et diffusées à des fins de diffamation, de menace, d’intimidation et d’incitation à la haine, entraînant une recrudescence des discours haineux à leur encontre sur les réseaux sociaux.

Ces attaques font suite à leur participation à des manifestations pacifiques dans l’espace public, dans le cadre de l’exercice légitime de leurs droits constitutionnels et légaux.

Tout en condamnant fermement toutes les formes de violence exercées à l’encontre des femmes, l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates affirme que :

La cyberviolence constitue une criminalité numérique systémique qui cible en particulier les femmes, et notamment les militantes et défenseures des droits humains, dans le but de réduire au silence, de limiter la participation des femmes à la vie publique et civique, et d’exercer des pressions, des menaces et des formes d’intimidation. Elle porte atteinte à l’intégrité morale et physique des femmes, à leur dignité, repose sur une discrimination fondée sur le genre, a des répercussions graves sur la santé psychologique et physique, et contribue à créer un espace numérique non sécurisé, inégalitaire et autoritaire.

Ces actes constituent des violations graves des droits et libertés fondamentales garantis par la Constitution tunisienne, notamment la liberté d’opinion et d’expression, la liberté de réunion et de manifestation pacifique. Ils sont pénalement répréhensibles au regard du Code des télécommunications, de la loi n°58 de 2017 relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes, et contreviennent également aux engagements internationaux de l’État tunisien, en particulier la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Ce type de violence exercée contre les militantes et les défenseures des droits humains constitue une forme de violence politique numérique visant systématiquement les féministes, les associations de défense des droits humains et les organisations féministes, dans le but de faire taire les voix dissidentes, d’imposer une tutelle sur les paroles des femmes, de discréditer leur engagement et de nier leur pleine citoyenneté.

Face à la recrudescence de la cyberviolence ciblant l’Association et ses membres, l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates :

Condamne avec la plus grande fermeté toutes les formes de cyberviolence, de diffamation, d’incitation à la haine et de menaces, et se réserve le droit d’engager des poursuites judiciaires contre les auteur·e·s de ces actes.

Réaffirme son soutien total et inconditionnel aux deux militantes victimes de discours de haine et de cyberviolence, et souligne leur droit à la protection juridique, à la justice et à la réparation.

Appelle les autorités judiciaires et sécuritaires compétentes à assumer pleinement leurs responsabilités légales en menant des enquêtes sérieuses et diligentes sur ces actes criminels, à identifier leurs auteur·e·s et à les poursuivre conformément à la loi.

Rappelle l’obligation de l’État de protéger les femmes contre toutes les formes de violence et de garantir un environnement sûr, que ce soit dans l’espace public, privé ou numérique, conformément à l’article 55 de la Constitution tunisienne et à la loi n°58-2017, afin d’assurer l’exercice effectif de leurs droits sans violence, sans peur ni intimidation.

Réaffirme que la participation de l’Association et de ses adhérentes aux manifestations pacifiques et à la vie publique constitue l’exercice légitime de droits constitutionnels qui ne sauraient être remis en cause sous aucun prétexte, et qu’elle poursuivra sans relâche la défense des droits et des libertés des femmes ainsi que la lutte contre toutes les formes de violence et d’atteintes.

Pour le Bureau exécutif élargi
La Présidente : Raja Dahmani
Tunis, le 15 janvier 2025