Suite aux déclarations racistes tenues par une chroniqueuse lors d’une émission politique diffusée sur une chaîne de télévision privée, le 7 janvier 2026, appelant explicitement à interdire aux femmes migrantes originaires d’Afrique subsaharienne de procréer en Tunisie, et présentant leur fécondité comme une menace démographique et sécuritaire pour le pays — tout en exprimant son hostilité au partage des produits alimentaires subventionnés entre migrant·e·s et citoyen·ne·s tunisien·ne·s — l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates dénonce des propos reposant sur un discours superficiel, malveillant et raciste, en violation flagrante du décret-loi n°115-2011 relatif à la liberté de la presse, de l’imprimerie et de l’édition.
Face à ces dérives, l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates :
Condamne fermement ces déclarations hostiles et racistes, qui bafouent les droits humains, relèvent d’un discours incitatif et méconnaissent la responsabilité sociale des médias ainsi que les règles déontologiques de la profession journalistique.
Considère que les propos de la chroniqueuse ne relèvent en aucun cas de la liberté d’opinion, mais constituent un discours raciste manifeste fondé sur la discrimination basée sur le sexe, l’origine, la race et la couleur de peau. Ce discours réduit les femmes à leurs corps et transforme leur droit à la procréation en une question sécuritaire, en violation grave de la dignité humaine, des droits fondamentaux et des principes d’égalité et de non-discrimination.
Réaffirme que les questions migratoires doivent être traitées à travers des politiques publiques justes, le respect du droit et des conventions internationales, et non par des appels au contrôle des corps des femmes ou à la confiscation de leurs droits reproductifs. Lier la migration à la fécondité relève d’une logique raciste qui transfère l’échec des politiques publiques sur les corps des femmes et exonère l’État de ses responsabilités sociales, économiques et politiques.
S’inscrivant dans une approche féministe et fidèle aux principes qu’elle défend, l’Association estime que ce discours reproduit les violences fondées sur le genre sous une forme racialisée, renforce la domination patriarcale et coloniale sur les corps des femmes africaines, et nie leur droit fondamental, inaliénable et non négociable, à disposer librement de leur corps et de leurs droits reproductifs.
L’Association rappelle également que la loi n°50 de l’année 2018 relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale criminalise explicitement tout discours incitant à la haine, à la discrimination ou à l’exclusion fondée sur la race, la couleur ou l’origine, et engage la responsabilité juridique de toute personne contribuant à la diffusion, à la justification ou à la banalisation de tels discours.
En conséquence, l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates :
Exige de la chaîne ayant diffusé ce discours raciste et incitatif des excuses publiques, en tant qu’acte d’autorégulation attendu des médias, et lui rappelle la responsabilité sociale qui lui incombe, ainsi que le fait que les espaces médiatiques ne sauraient servir de plateformes à la promotion du racisme ou des stéréotypes sexistes, conformément au décret-loi n°115 de 2011, à l’article 11 de la loi n°58-2017 et aux conventions internationales en vigueur.
Souligne la nécessité d’adopter un discours médiatique professionnel, objectif et respectueux des droits humains, s’éloignant de tout discours de haine ou de messages véhiculant une violence symbolique à l’encontre des femmes ou des groupes en situation de vulnérabilité.
Réaffirme que les droits des femmes sont indivisibles et que la défense des femmes migrantes constitue une composante essentielle du combat féministe et des luttes pour les droits humains. La dignité humaine est universelle, et toute forme de discrimination est rejetée et condamnée sans aucune justification.
Appelle à une reddition de comptes juridique et éthique de toute personne promouvant de tels discours, exhorte l’État à assurer la protection des femmes migrantes contre toutes les formes de violence et de discrimination, et plaide pour l’adoption de politiques migratoires respectueuses des droits humains, conformément aux législations nationales et internationales.
Pour le Bureau exécutif
La Présidente : Raja Dahmani
Tunis, le 8 janvier 2026


